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La
première rencontre entre le maestro et Shakespeare, son "poète
préféré", date de 1847, lorsque Verdi
compose Macbeth. Coincé entre Nabucco - opéra
qui révéla le compositeur en 1842 - et Rigoletto
- premier opéra de la maturité en 1851 -
Macbeth émerge des "années de galère"
du compositeur comme une uvre à part, injustement méconnue.
C'est la première fois, en effet, que Verdi se détache de
la tradition de l'opéra italien, pour expérimenter une
écriture musicale originale : Macbeth constitue son
premier tournant stylistique. Verdi y explore en effet des capacités
vocales jusque là inexploitées : délaissant
le Bel Canto, il invente le rôle de la "soprano dramatique".

De Lady Macbeth à Otello : une filiation
Le
personnage de Lady Macbeth est en cela très représentatif :
la soprano qui tient le rôle doit tout à la fois posséder
des qualités de colorature - c'est-à-dire
une grande agilité vocale dans l'aigu qui lui confère
la noblesse - et une voix sombre, voire "rauque, étouffée,
caverneuse" selon le propre vux de Verdi - qui lui
confère son caractère violent et démoniaque.
La Callas fut ainsi
l'une des rares cantatrice qui réussit à donner toutes
ces couleurs au rôle de Lady Macbeth ; signalons que EMI
édite aujourd'hui le seul enregistrement - malheureusement
d'assez mauvaise qualité - que l'on ait conservé
de Callas chantant Lady Macbeth.
Cette tessiture très
étendue, c'est une caractéristique que Lady Macbeth partage
avec Otello - qui est un rôle de "tenore spinto"
(littéralement "ténor poussé") très
ardu.
Mais la filiation ne s'arrête pas là : Lady Macbeth est
manipulatrice ; c'est elle qui pousse son mari au meurtre ; elle est
par là-même le moteur de l'action et le véritable
héros de l'opéra de Verdi. En cela, elle annonce le personnage
de Iago. Iago, jaloux du bonheur d'Otello et Desdémone (duo d'amour
du premier acte), précipite le drame et provoque la catastrophe
(la jalousie et le meurtre d'Otello). C'est lui le véritable
héros, à tel point qu'il faillit donner son nom à
l'opéra.
Fini la galère !
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L'année
1849 marque la fin de ce que Verdi appelait lui-même
ses "années de galère".
Sept ans après le triomphe de Nabucco, le compositeur
entre dans sa période de maturité avec Luisa Miller,
suivi de près par la "trilogie" Rigoletto
- Le Trouvère - La Traviata (1851
- 1853). La Force du Destin clôt en 1862
cette décennie fastueuse et prolifique.
Désormais,
le compositeur se consacre davantage à la politique - il
est élu député du tout jeune Royaume d'Italie -
et à l'agriculture qu'à la musique.
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Les années de sérénité
Quatre
opéra, un Requiem et les "Quatre Pièces Sacrées"
en trente ans
La production musicale de Verdi se ralentie considérablement.
En fait, il ne compose plus que pour honorer d'importantes commandes :
Don Carlo - certainement son opéra le plus riche
et le plus complexe - créé pour l'Opéra de Paris
en 1867 ; Aïda - son "tube" - créé
pour le Khédive d'Egypte en 1871 ; le Requiem,
créé en 1874, pour le premier anniversaire de la
mort du poète nationaliste Manzoni.
Et puis plus rien
Verdi vit reclus - comme un paysan -
son domaine agricole. "Pourquoi écrirais-je ? A quoi
cela servirait-il ? Qu'y gagnerais-je ? J'entendrai dire dès
le début que je n'ai pas su écrire et que je suis devenu
un imitateur de Wagner " écrit-il à ses amis.

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Sept
ans pour un opéra
Pourtant, Ricordi, l'éditeur de Verdi,
le rappelle à son vieil amour pour Shakespeare
Verdi
a depuis longtemps abandonné un projet d'opéra inspiré
du Roi Lear
Peu importe ! Il se passionne soudain pour "le chocolat"
- comprenez Otello, allusion à la peau basanée
du héros de Shakespeare.
Dans l'année
1880, le livret est rédigé. Mais Verdi attend
la mort de Wagner en 1883, pour commencer à
composer la musique. L'écriture de l'ouvrage, lente,
minutieuse, s'étale entre 1884 et 1886 ! Verdi
pense en effet composer son chant du cygne ; il est naturel
qu'il y apporte un tel soin. Finalement, Otello, le dernier
opéra dramatique de Verdi est créé à
la Scala de Milan en 1887, seize ans après Aïda.
Le succès
est tel que très vite Verdi se remet à l'ouvrage pour
écrire son dernier opéra, le troisième inspiré
de Shakespeare, mais un opéra comique cette fois ! Ce sera
Falstaff, créé en 1893, toujours à
Milan.
Puis Verdi perdra sa
femme et le goût de l'écriture, avant de mourir lui-même
sereinement, adulé en Italie et célébré
dans toute l'Europe, en 1901, à l'âge de
87 ans.
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: Otello
Lionel Martin et Julien Berthet
Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon
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A
l'Opéra de Lyon



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