Otello  

 

 




Le chef d'œuvre de Verdi dans une production enthousiasmante de l'Opéra National de Lyon. Une direction d'un niveau exceptionnel, un décorateur inventif et surprenant, un excellent Iago font finalement oublier une énorme erreur de casting.

Otello, une oeuvre de Verdi. A l'Opéra de Lyon. Jusqu'au 9 mars 2003.


Une direction magistrale.

Paradoxalement, dans cette production de l'Opéra de Lyon, c'est l'orchestre qui retient l'attention, plus que les chanteurs ; le spectateur est avant tout frappé par l'excellence de la direction musicale d'Ivan Fischer.

Dans Otello, pas d'ouverture au sens traditionnel du terme : le spectateur est plongé d'emblée dans l'action, dans une tempête déchaînée qui préfigure les ravages de la jalousie. Dès les premières mesures, c'est donc tout le talent d'Ivan Fischer, de l'orchestre et du chœur qui peut se déchaîner.

Verdi avait choisi de donner un rôle psychologique de premier plan à l'orchestre.
Par exemple, ce solo de contrebasse qui accompagne l'entrée d'Otello au premier acte - rappelant le solo de violoncelle qui précède le grand monologue de Philippe au troisième acte de Don Carlo.
Force est de constater que l'orchestre de l'Opéra et Ivan Fischer assument ce rôle avec génie. Le chef n'a pas son pareil pour faire coller la musique à l'action : au premier acte, il fait crépiter les cordes quand les Chypriotes allument des feux de joie ; toujours au premier acte, il fait bêler les chanteurs ivres ; au deuxième acte, il fait grincer les cordes à l'unisson de la jalousie d'Otello.

Le chœur, dont le rôle est capital dans les trois premiers actes, est excellent… Bravo à Alan Woodbridge qui dirige ses hommes d'une main de maître !
N'oublions pas les plus jeunes ; les enfants de la maîtrise de l'Opéra interviennent avec brio au deuxième acte.

 

Des décors originaux et surprenants

Bravo à Michel Raskine (directeur du Théâtre du Point du Jour) et Pierre-André Weitz qui signent respectivement la mise en scène et les décors / costumes !
Il est rare de voir un travail aussi intelligent, avec autant de réflexion sur l'œuvre. Et apporte autant de sens à l'ensemble de la production.

Bien que austères et dépouillés, les décors se révèlent fonctionnels et signifiants.
Souples, amovibles, ils bougent beaucoup pour élargir ou rétrécir la scène. Tantôt ils créent l'intimité ; parfois ils soulignent la profondeur des sentiments ou la gravité d'une situation.

Otello, une oeuvre de Verdi. A l'Opéra de Lyon. Jusqu'au 9 mars 2003.

Michel Raskine voulait "donner le sentiment de gros plan sans se priver de la profondeur de champ". C'est réussi !
Citons la scène finale du premier acte - le grand duo d'amour entre Otello et Desdémone : les deux personnages sont dans une loggia intime tendue de rouge au premier étage ; mais le rez-de-chaussée et le deuxième étage, ouverts en arcades, laissent voir le ciel étoilé.

Au premier acte, quand Otello rentre de bataille, le décors évoque la lourde structure d'un cuirassier.
Au deuxième, il symbolise un palais glacial, avec une forêt d'arbres métalliques.
Au troisième acte, c'est stupéfiant… On ne peut pas ne dire davantage, si ce n'est que le décors préfigure la catastrophe finale.
Au quatrième acte, l'espace se resserre du palais à la chambre. Mais, les sentiments atteignent leur paroxysme ; paradoxalement Michel Raskine ouvre tout l'espace de la scène, dénudée, profonde comme les sentiments des protagonistes.

 

Otello, une oeuvre de Verdi. A l'Opéra de Lyon. Jusqu'au 9 mars 2003.

Erreur de casting !

Mention spéciale au ténor Andreï Lantsov… On a rarement dépensé autant d'énergie à massacrer une partition et ridiculiser un personnage !
Andreï Lantsov égrène péniblement ses notes, comme on égrène un chapelet le long d'un interminable chemin de croix… Il s'étouffe dans les aigus et s'étrangle dans les graves… Il compose avec difficulté un rôle de tétraplégique poitrinaire, confondant de toute évidence Otello avec Violetta - celle qui est clouée au lit au troisième acte de La Traviata - ou Mimi - celle qui crève de tuberculose au quatrième acte de La Bohème -

Otello est certainement l'un des rôles verdiens les plus difficiles à chanter ; il réclame, en effet, une tessiture très large, passant d'un registre très aigu - notamment au premier acte - à un registre très grave.
De toute évidence, cela dépasse complètement les capacités d'Andreï Lantsov, qui devrait - par décence vis-à-vis du public qui paye pour venir l'entendre s'égosiller - se reconvertir dans la variété ou la boucherie. Espérons que les sifflets et les quolibets que lui renvoient ses victimes depuis la première sauront le faire réfléchir à deux fois avant de se réengager !

Otello, une oeuvre de Verdi. A l'Opéra de Lyon. Jusqu'au 9 mars 2003.

 

Heureusement, les autres solistes sauvent l'ensemble… Olga Guryakova est une Desdémone tout à fait convaincante, parfois brillante… Il lui manque juste un petit rien de conviction pour être parfaite.

La palme revient sans conteste à Sergei Leiferkus - Iago - qui fait preuve d'une maîtrise parfaite de son rôle : il allie l'excellence de la voix à un jeu de comédien irréprochable.
Il
démontre superbement que Iago est le moteur de l'action, le véritable héros de l'opéra, nous rappelant que Verdi et son librettiste Boïto avaient failli appeler leur opéra " Iago ".


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Lionel Martin et Julien Berthet

Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon


A l'Opéra de Lyon

1, place de la comédie
Lyon 2ème

M° Hôtel de Ville
Renseignements : 04 72 00 45 45

www.opera-lyon.org

 

En marge d'Otello


Lecture de morceaux choisis d'Othello de Shakespeare par les comédiens de l'ENSATT : dimanche 9 mars 2003 à 14 H 30 ; entrée libre (amphithéâtre).



Otello

Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi.
Créé à la Scala de Milan en 1887.
Livret de Boïto, d'après la tragédie de Shakespeare (1603).
Chanté en italien, sur titré en français.
L'action se passe dans la colonie vénitienne de Chypre à la fin du XVe siècle.

Durée approximative du spectacle : 3 h 30, avec deux entractes.

Bibliographie : l'Avant-Scène Opéra n° 4, réédition 1990.
Discographie : Otello, avec Jon Vickers, Tito Gobbi, Leonie Rysanek ; direction de Tullio Serafin ; édition RCA.
Otello, avec Placido Domingo, Justino Diaz, Katia Ricciarelli ; direction de Lorin Maazel ; orchestre et chœur de la Scala ; édition EMI.

 

Dates des spectacles

Dimanche 2 mars 2003 à 16 heures.
Mardi 4 mars à 20 heures.
Jeudi 6 mars à 20 heures.
Dimanche 9 mars à 16 heures.

Prix des places : 15 à 70 euros.



Direction musicale
Ivan Fischer
Mise en scène
Michel Raskine
Décors et costumes
Pierre-André Weitz
Eclairages
Franck Thévenon

Distribution

Otello (gouverneur de Chypre) : Andreï Lantsov (ténor).
Desdémone
(sa femme) : Olga Guryakova (soprano).
Iago
(enseigne d'Otello) : Sergeï Leiferkus (baryton).
Cassio
(capitaine d'Otello) : Yann Beuron (ténor).
Lodovico
(ambassadeur de Venise) : Carlo Cigni (basse).
Emilia
(confidente de Desdémone) : Hélène Jossoud (mezzo-soprano ; artiste en résidence à l'Opéra de Lyon).
Roderico
: Bruno Comparetti (ténor ; artiste en résidence à l'Opéra de Lyon).
Montano
: Marcin Habela (basse ; artiste en résidence à l'Opéra de Lyon).
Un Héraut
: Paolo Stupenengo (basse ; artiste du chœur de l'Opéra de Lyon).

Orchestre, chœur et maîtrise de l'Opéra National de Lyon.


A l'Opéra de Lyon

 


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