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Le
chef d'uvre de Verdi dans une production enthousiasmante
de l'Opéra National de Lyon. Une direction d'un niveau exceptionnel,
un décorateur inventif et surprenant, un excellent Iago font finalement
oublier une énorme erreur de casting.

Une direction magistrale.
Paradoxalement,
dans cette production de l'Opéra de Lyon, c'est l'orchestre
qui retient l'attention, plus que les chanteurs ; le spectateur
est avant tout frappé par l'excellence de la direction musicale
d'Ivan Fischer.
Dans Otello, pas
d'ouverture au sens traditionnel du terme : le spectateur est plongé
d'emblée dans l'action, dans une tempête déchaînée
qui préfigure les ravages de la jalousie. Dès les
premières mesures, c'est donc tout le talent d'Ivan Fischer,
de l'orchestre et du chur qui peut se déchaîner.
Verdi avait choisi de donner
un rôle psychologique de premier plan à l'orchestre.
Par exemple, ce solo de contrebasse qui accompagne l'entrée d'Otello
au premier acte - rappelant le solo de violoncelle qui précède
le grand monologue de Philippe au troisième acte de Don Carlo.
Force est de constater que l'orchestre de l'Opéra et Ivan Fischer
assument ce rôle avec génie. Le chef n'a pas son pareil
pour faire coller la musique à l'action : au premier acte, il
fait crépiter les cordes quand les Chypriotes allument des feux
de joie ; toujours au premier acte, il fait bêler les chanteurs
ivres ; au deuxième acte, il fait grincer les cordes à
l'unisson de la jalousie d'Otello.
Le chur, dont
le rôle est capital dans les trois premiers actes, est excellent
Bravo à Alan Woodbridge qui dirige ses hommes d'une main
de maître !
N'oublions pas les plus jeunes ; les enfants de la maîtrise de
l'Opéra interviennent avec brio au deuxième acte.
Des décors originaux et surprenants
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Bravo
à Michel Raskine (directeur du Théâtre
du Point du Jour) et Pierre-André Weitz qui signent
respectivement la mise en scène et les décors / costumes
!
Il est rare de voir un travail aussi intelligent, avec autant
de réflexion sur l'uvre. Et apporte autant de sens
à l'ensemble de la production.
Bien que austères et dépouillés, les décors
se révèlent fonctionnels et signifiants.
Souples, amovibles, ils bougent beaucoup pour élargir ou
rétrécir la scène. Tantôt ils créent
l'intimité ; parfois ils soulignent la profondeur des sentiments
ou la gravité d'une situation.
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Michel
Raskine voulait "donner le sentiment de gros plan sans se priver
de la profondeur de champ". C'est réussi !
Citons la scène finale du premier acte - le grand duo d'amour entre
Otello et Desdémone : les deux personnages sont dans une loggia
intime tendue de rouge au premier étage ; mais le rez-de-chaussée
et le deuxième étage, ouverts en arcades, laissent voir
le ciel étoilé.
Au premier acte,
quand Otello rentre de bataille, le décors évoque la lourde
structure d'un cuirassier.
Au deuxième, il symbolise un palais glacial, avec une forêt
d'arbres métalliques.
Au troisième acte, c'est stupéfiant
On ne peut
pas ne dire davantage, si ce n'est que le décors préfigure
la catastrophe finale.
Au quatrième acte, l'espace se resserre du palais à la chambre.
Mais, les sentiments atteignent leur paroxysme ; paradoxalement Michel
Raskine ouvre tout l'espace de la scène, dénudée,
profonde comme les sentiments des protagonistes.

Erreur de casting !
Mention
spéciale au ténor Andreï Lantsov
On a rarement
dépensé autant d'énergie à massacrer
une partition et ridiculiser un personnage !
Andreï Lantsov égrène péniblement ses notes,
comme on égrène un chapelet le long d'un interminable
chemin de croix
Il s'étouffe dans les aigus et s'étrangle
dans les graves
Il compose avec difficulté un rôle
de tétraplégique poitrinaire, confondant de toute évidence
Otello avec Violetta - celle qui est clouée au lit au troisième
acte de La Traviata - ou Mimi - celle qui crève
de tuberculose au quatrième acte de La Bohème -
Otello est certainement
l'un des rôles verdiens les plus difficiles à chanter
; il réclame, en effet, une tessiture très large,
passant d'un registre très aigu - notamment au premier acte -
à un registre très grave.
De toute évidence, cela dépasse complètement les
capacités d'Andreï Lantsov, qui devrait - par
décence vis-à-vis du public qui paye pour venir l'entendre
s'égosiller - se reconvertir dans la variété
ou la boucherie. Espérons que les sifflets et les quolibets que
lui renvoient ses victimes depuis la première sauront le faire
réfléchir à deux fois avant de se réengager
!

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Heureusement,
les autres solistes sauvent l'ensemble
Olga Guryakova
est une Desdémone tout à fait convaincante,
parfois brillante
Il lui manque juste un petit rien de conviction
pour être parfaite.
La palme revient sans
conteste à Sergei Leiferkus - Iago - qui
fait preuve d'une maîtrise parfaite de son rôle :
il allie l'excellence de la voix à un jeu de comédien
irréprochable.
Il démontre superbement que Iago est le moteur de
l'action, le véritable héros de l'opéra,
nous rappelant que Verdi et son librettiste Boïto avaient failli
appeler leur opéra " Iago ".
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En savoir plus sur...
Verdi et Shakespeare
Lionel Martin et Julien Berthet
Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon
A l'Opéra de Lyon
1, place de la comédie
Lyon 2ème
M° Hôtel de Ville
Renseignements : 04 72 00 45 45
www.opera-lyon.org
En marge d'Otello
Lecture de morceaux choisis d'Othello de Shakespeare
par les comédiens de l'ENSATT : dimanche 9 mars 2003 à
14 H 30 ; entrée libre (amphithéâtre).
Otello
Opéra en quatre actes de Giuseppe
Verdi.
Créé à la Scala de Milan en 1887.
Livret de Boïto, d'après la tragédie de Shakespeare
(1603).
Chanté en italien, sur titré en français.
L'action se passe dans la colonie vénitienne de Chypre à
la fin du XVe siècle.
Durée approximative du spectacle : 3 h 30, avec deux entractes.
Bibliographie :
l'Avant-Scène Opéra n° 4, réédition
1990.
Discographie : Otello, avec Jon Vickers, Tito Gobbi, Leonie
Rysanek ; direction de Tullio Serafin ; édition RCA.
Otello, avec Placido Domingo, Justino Diaz, Katia Ricciarelli ; direction
de Lorin Maazel ; orchestre et chur de la Scala ; édition
EMI.
Dates des spectacles
Dimanche 2 mars 2003 à 16 heures.
Mardi 4 mars à 20 heures.
Jeudi 6 mars à 20 heures.
Dimanche 9 mars à 16 heures.
Prix des places : 15 à 70 euros.
Direction musicale
Ivan Fischer
Mise en scène
Michel Raskine
Décors et costumes
Pierre-André
Weitz
Eclairages
Franck Thévenon
Distribution
Otello (gouverneur de Chypre) : Andreï Lantsov (ténor).
Desdémone (sa femme) : Olga Guryakova (soprano).
Iago (enseigne d'Otello) : Sergeï Leiferkus (baryton).
Cassio (capitaine d'Otello) : Yann Beuron (ténor).
Lodovico (ambassadeur de Venise) : Carlo Cigni (basse).
Emilia (confidente de Desdémone) : Hélène Jossoud
(mezzo-soprano ; artiste en résidence à l'Opéra
de Lyon).
Roderico : Bruno Comparetti (ténor ; artiste en résidence
à l'Opéra de Lyon).
Montano : Marcin Habela (basse ; artiste en résidence à
l'Opéra de Lyon).
Un Héraut : Paolo Stupenengo (basse ; artiste du chur
de l'Opéra de Lyon).
Orchestre, chur et maîtrise de l'Opéra National
de Lyon.
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A
l'Opéra de Lyon



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