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Carmen & Petite Mort  

 

 


  
L'amour est un fumeur de Havanes


"Carmen" fait des infidélités au théâtre antique - ce spectacle avait été un temps fort de l'édition 2000 des Nuits de Fourvière. En revanche, le public lyonnais lui est resté fidèle : il a chaleureusement accueilli la reprise de ce ballet de Mats Ek dans la grande salle de l'Opéra. Mais le succès de "Carmen" ne doit pas occulter la première partie de soirée, qui s'ouvre avec "Petite Mort" de Jiri Kylian. Deux spectacles différents qui partagent une même thématique : les rapports complexes qui unissent amour, violence et mort. Deux spectacles différents baignés de classicisme, qui plairont aux habitués du Ballet de l'Opéra, comme aux néophytes.

"Je, je suis libertine, je suis une catin"

 

Pour tous ceux qui ne supportent pas les blondes fades et loftisées, Carmen est une vraie femme qui exprime sa liberté à travers le libertinage. Constante dans l'inconstance, elle séduit les hommes par sa sensualité - " carmen " en latin signifie le chant, mais aussi le charme, le sort magique qui envoûte - la dona è mobile chantait un héros de Verdi. Toute de rouge vêtue, la Carmen de Mats Ek est insolente, aguichante, parfois grivoise dans sa façon de fumer le cigare ou de porter la main à la braguette des hommes. Mais que leur reste-t-il, d'ailleurs ?

A l'opposée de la belle gitane, M., engoncée dans une robe à corset, est un personnage inventé par le chorégraphe. M., c'est la Mickaëla de l'opéra de Bizet, la jeune fiancée un peu nunuche de Don José. M., c'est aussi cette mère dont cet opéra parle tant sans jamais qu'on la voit. M., c'est surtout la morale d'une société bien pensante. M., c'est finalement la mort qui attend Carmen et Don José au tournant, pour avoir transgressé les règles… Déchiré entre les deux femmes, Don José rêve de passer la bague au doigt de Carmen ; mais il n'est qu'un pantin qu'elle manipule, utilise et, finalement, jette.

Les airs de "Carmen" sont familiers. Et pour cause, le compositeur, Rodion Chtédrine, reprend les plus grands passages de l'opéra de Bizet sur fond de castagnettes. Le parallélisme s'arrête là : Mats Ek concentre l'histoire et bouleverse la chronologie du livret de l'opéra ; son ballet s'ouvre sur la visite de M. à Don José. Sur le point d'être exécuté, le brigadier se remémore sa rencontre avec l'enivrante Carmen, son amour brûlant qui le conduit à commettre un premier meurtre et sa jalousie funeste qui, finalement, le pousse à tuer Carmen. Mais Mats Ek reste fidèle à l'esprit de Bizet, lui-même fidèle à Mérimée : comme Don Juan, toutes ces Carmen tentent, en vain, de concilier amour et liberté.

 



Petite leçon d'orgasme

Amour toujours, la première pièce de cette soirée verse dans un érotisme troublant.



Le titre, déjà, annonce la couleur : " Petite mort " - c'est-à-dire l'orgasme. Cette pièce est classique : classique dans sa chorégraphie, classique dans sa musique - des extraits des concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart.

Elle se compose de deux parties très distinctes. Jiri Kilyan nous présente d'abord six femmes emprisonnées dans des robes à crinoline. Devant elles évoluent six hommes armés de fleurets qui fouettent l'espace… symboles de leur pénis… symboles de la domination masculine… symboles d'un amour versant dans le masochisme.
La deuxième partie du ballet présente une image plus positive des relations amoureuses : six couples se succèdent qui nous font partager l'intimité de leurs ébats amoureux…

Dix minutes pour un orgasme… on regrette presque que ce soit si court !


Lionel Martin et Julien Berthet

Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon


A l'Opéra de Lyon

1, place de la comédie
Lyon 2ème

M° Hôtel de Ville
Renseignements : 04 72 00 45 45

www.opera-lyon.org

Dates des spectacles

Jeudi 6 septembre 20 h 00
Vendredi 7 septembre 20 h 00
Samedi 8 septembre 14 h 30 et 20 h 00
Dimanche 9 septembre 20 h 00
Mardi 11 septembre 20 h 00
Mercredi 12 septembre 20 h 00

 

Petite Mort

Chorégraphie et décors
Jirí Kylián
Musique
Wolfgang Amadeus Mozart
Adagio extrait du concerto pour piano n° 23
Andate extrait du concerto pour piano n° 21
Costumes
Joke Visser
Lumières
Joop Caboort

Carmen

Chorégraphie
Mats Ek
Musique
Georges Bizet/ Rodion Chtchédrine
Carmen Suite
Scénographie et costumes
Marie-Louise Ekman
Lumières
Göran Westrup



 

A l'Opéra de Lyon

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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