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Boris Godounov - Modeste Moussorgski
Boris Godounov
 

 

 



  

Boris (se) joue
dans la cour des grands


 

Boris est de ces opéras du 19ème qui, au delà de l'œuvre musicale, reflètent les interrogations politiques ou sociales de l'époque. Sur fond de géopolitique (velléités d'expansions polonaises, résistance Russe…) Boris Godounov invite à une réflexion sur le pouvoir, ses origines, ses mutations… En palimpseste, la religion, ses tartuffes et son aide aux puissants afin de maîtriser le peuple et de justifier les conquêtes.
Boris est, également, l'un des derniers spectacles d'Alain Durel, directeur de l'Opéra, même si son empreinte devrait marquer, encore, la programmation jusqu'en 2004. Toujours-est-il qu'à quelques semaines de son départ, il laisse, à Lyon, un spectacle à la distribution irréprochable.
Un grand opéra !

Boris sur fond de fresque historique

 

Boris plonge doublement le spectateur dans l'histoire russe.
Les temps des Troubles (1598-1613), d'une part. Période durant laquelle la lignée dynastique fondatrice de la Russie s'éteint et où plusieurs usurpateurs - dont Boris Godounov - tentent ou réussissent à s'emparer du trône.

Le temps des réveils nationalistes, d'autre part. Composé au 19ème siècle, Boris fait, en effet, écho à une époque où la Nation russe, qui se construit difficilement, est exaltée. L'histoire revue et corrigée sert à forger un sentiment d'appartenance, une identité.
Quoi de plus judicieux que de refaire vivre cette période, où les Russes, tenants de la véritable foi, de la foi orthodoxe, se liguent contre l'envahisseur polonais, contre un ennemi chrétien.

 



Une réflexion sur le pouvoir

Alors que le décor est minimaliste (un grand escalier qui traverse les quatre actes), la mise en scène, signifiante et symbolique à souhait, lui donne toute la profondeur que mérite cette oeuvre. Passerelle synchronique entre les puissants et le peuple, lien diachronique entre le peuple actuel et son passé, l'escalier " Richelieu " ne s'apparente pas à un caprice stérile de décorateur.

De ce fait, il accentue la réflexion sur le pouvoir à laquelle Boris Godounov invite. Un pouvoir qui s'exerçait, traditionnellement, par le haut et que subissait le peuple. Avec Boris, si le pouvoir ne procède pas encore de ce dernier - comme dans toute démocratie contemporaine - , on sent les tensions dues au prémisses des aspirations démocratiques.
Si le pouvoir continue de s'exercer par le haut, le peuple essaie de monter l'escalier. De s'en emparer. En vain, mais il a osé, il a essayé.

Alors quand le public siffle Philippe Himmelmann et Johannes Leiacker, metteur en scène et décorateur, c'est injuste. Tant de mises en scène creuses l'auraient mérité.




Géniaux, l'orchestre et le chœur sont tout simplement géniaux !

L'orchestre, et Ivan Fischer à sa tête, expriment à merveille toute la violence symbolique contenue dans la partition de Modeste Moussorgski. Dès les premières notes, le public est, en effet, immergé dans cette ambiance de mort et de violence pré-révolutionnaire.
En maître du vaisseau, Yvan Fischer redresse la barre quand chœur et orchestre ne convergent plus. Lors du prologue, les premières syncopes du chœur sont maladroites. Et, rapidement, Yvan Fischer fait retrouver aux deux ensembles les chemins de la symbiose.
Plus encore, au cours de la représentation, l'orchestre trouve cette juste redondance musicale qui approfondit les émotions que les acteurs produisent. Quand Boris a peur, se dégage de la fausse un sentiment étouffant d'angoisse qui drape le personnage et renforce ce qu'il fait ressentir.

Malgré le titre, le peuple est le personnage principal. Le chœur de l'Opéra se glisse - comme à l'habitude - à merveille dans ce rôle.

 



Une distribution irréprochable          

 


La distribution de Boris est totalement homogène, en dépit de quelques petites ombres assombrissant légèrement le tableau.

Si l'arrivée de Boris est ratée, il s'épanouit rapidement et fait oublier son léger cheveux sur la langue. Plus qu'un chanteur, Vladimir Matorin est un véritable acteur. En lieu et place d'un tzar froid et hautain, il donne une dimension humaine à ce tzar. Un Tzar qui doute, un Tzar en admiration devant son fils, un Tzar esseulé par le pouvoir.
Il fait même émerger le côté christique d'un Boris, qui se sacrifie pour le bien du peuple. Il souligne l'ambiguïté de ce puissant qui introduit le désordre en Russie par son usurpation originelle, mais qui, in fine, s'offre en victime expiatoire.

Second coup de cœur pour Mzia Niorade qui tient le rôle de Marina, la princesse polonaise qui nourrit le dessein d'être tzarine en épousant l'usurpateur Grigori, le faux Dimitri, avec lequel elle mène un duo époustouflant.





Lionel Martin et Julien Berthet


Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon



A l'Opéra de Lyon

1, place de la comédie
Lyon 2ème

M° Hôtel de Ville
Renseignements : 04 72 00 45 45

www.opera-lyon.org

Dates des spectacles

Mercredi 4 décembre 2002 à 19h30
samedi 7 décembre 2002 à 19h30
mardi 10 décembre 2002 à 19h30
jeudi 12 décembre 2002 à 19h30
dmanchei 15 décembre 2002 à 16h
mardi 17 décembre 2002 à 19h30
vendredi 20 décembre 2002 à 19h30


Boriis Godounov

Opéra en quatre actes et un prologue. Créé en 1872.
Livret du compositeur d'après Pouchkine.

En russe, surtitré en français.



Direction musicale
Yvan Fischer (les 4, 7, 12 et 17 décembre 2002).
Alexander Livenson (les autres dates)

Mise en scène
Philipp Himmelmann
Décors
Johannes Leiacker
Costumes
Jorge Jara
Eclairages
Wolfgang Goebbel

Distribution

Boris Godounov : Vladimir Matorin - Féodor : Svetlana Lifar - Xénia : Hélène Le Corre - La Nourrice : Martine Olmeda - Le Prince Chouïski : Jan Jezek - Chtchelkalov : Pierre-Yves Pruvot - Pimène : Serguei Aleksashkin - Grigori : Zoran Todorovich - Marina Mniszek : Mzia Nioradze - Rangoni : Paul Gay - Varlaam : Peter Daaliysky - Missaïl : Michel Fockenoy - L'Aubergiste : Hélène Jossoud - L'Innocent : Léonard Pezzino - Nikititch : Antoine Garcin - Mitioukha : Paolo Stupenengo - Un Boyard : Brian Bruce - Le Boyard Khrouchtchev : Didier Roussel - Lavitski : Marcin Habela - Tchernikovski : Philippe Georges.

 Au
 Sémaphore
 (Irigny)

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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