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"Lyon est ma ville natale. Je voulais la décrire d'abord pour son aspect plastique. Il y a, à Lyon, un côté italien, ocre, sienne. C'est un ville qui a un côté sombre, mystérieux, secret."
Bertrant Tavernier


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Lia Rodrigues - Maison de la Danse Lyon
Lia Rodrigues  

 

 


  
Quand le corps se découvre…


Invitée de la Biennale de 1996 - Aquarella Do Brasil - Lia Rodrigues a déjà conquis le public lyonnais par la fraîcheur et la pertinence de ses chorégraphies. A l'époque, elle célébrait la Femme et une certaine conception de la féminité. Aujourd'hui, avec "Ce dont nous sommes faits", elle revient avec une thématique sensiblement différente : le corps, le rapport que nous entretenons avec lui et avec la nudité. Un spectacle ou la danse se découvre, dans les deux sens du terme.

Un retour aux sources

Pour Lia Rodrigues, ce dernier spectacle est plus qu'une simple création, c'est l'aboutissement de deux ans de travail, une volonté de revenir à ce qui constitue la matière première d'un danseur ou d'un chorégraphe : le corps. Le titre est d'ailleurs à ce propos suffisamment évocateur, il s'agit de traiter de "Ce dont nous sommes faits". Déchiffrer, imaginer, découvrir ou faire se découvrir les différentes facettes du corps et de notre rapport à lui, telle est l'ambition de cette pièce présentée pour la première fois en France. Il s'agit de considérer le corps comme un tout, une entité aussi bien charnelle que sociale ou politique - ne parle-t-on pas de "corps social" ou de "corps politique" - mais également de montrer comment cet équilibre fragile peut être brisé, décomposé puis reconstruit.

 

Une carrière nationale et internationale

Née à Sao Paulo, Lia Rodrigues étudie la danse classique dès sa plus tendre enfance. En 1978, âgée d'une vingtaine d'année, elle crée le "Grupo Andança" et reçoit sa première grande reconnaissance : le prix de la meilleure compagnie de l'année.

De 1980 à 1982, elle cherche à parfaire ses connaissances en dansant au sein de la compagnie Maguy Marin qu'elle quittera pour entreprendre sa propre recherche chorégraphique. Elle revient alors dans son pays d'origine et monte, en 1988, la " Lia Rodrigues Companhia de Danças ".

Dès lors, le succès ne se fait plus attendre : prix de la Meilleure chorégraphie décerné par le Ministère de la Culture Brésilien en 1994 pour sa pièce "Ma", direction artistique de festival Panorama de Dança Contemporanea de Rio et Biennale de la Danse de Lyon, en 1996.

 



Un spectacle d'avant garde

Pour mettre en scène ces idées et défendre son travail, celle qui fut l'interprète de Maguy Marin n'hésite pas à bousculer les conventions de la danse et les tabous de nos sociétés. Ainsi, les danseurs évoluent nus au milieu des spectateurs, installés eux-mêmes sur le plateau. L'objectif n'est pas ici de choquer, ni même de provoquer, mais de s'interroger sur cette re-découverte du corps. La chorégraphe déclare d'ailleurs à la presse brésilienne "Je pense que c'est la pièce la plus radicale que je n'ai jamais faite, mais cela ne me gêne pas. Je veux discuter de la valeur des choses (…) Il y a eu un changement en moi et c'est probablement dû au fait que je viens d'avoir 44 ans mais également aux informations récoltées lors de mes différents voyages (…) Après le succès populaire de "Folia" , j'ai voulu tout recommencer à zéro et j'ai pensé que le corps était le meilleur point de départ pour cela, un corps qui dit et qui ouvre des voies."

 


Entre performance et danse

 

Ce travail sur le corps et la nudité, le bouleversement des rapports traditionnels (spectateurs/acteurs, scène/réalité) ne sont pas sans rappeler quelques courants des arts plastiques et notamment les nombreux artistes qui, dès les années 1960, se sont lancés dans "la performance". Tout comme ce genre particulier de l'art contemporain, "Ce dont nous sommes faits" cherche à déconstruire, exprimer, extirper, recomposer ou décomposer pour donner quelques pistes de réflexion. Un spectacle qui pourra sans doute choquer mais qui, dans tous les cas, ne pourra certainement pas laisser le spectateur indifférent.

Notre avis

Un spectacle "Ce dont nous sommes faits" est un spectacle réellement surprenant. Dans une chorégraphie fragmentée, où chaque scène constitue une entité, les danseurs de Lia Rodrigues se lancent dans une conversation corporelle à bâtons rompus. Le public, présent sur scène au milieu des artistes, est alors le principal interlocuteur de ces corps et de leur nudité. Il n'a pas d'autre choix que de devenir spectateur-acteur ; une implication parfois dérangeante, mais qui permet d'éviter l'écueil du voyeurisme.

Composée de deux parties distinctes, la pièce mêle esthétique, violence, réflexion politique et prise de position. Dans les premières scènes, le corps nu des danseurs est ciselé comme une véritable sculpture. Il y a un grand travail sur la tension des muscles, la lenteur des gestes ; tant et si bien que le corps finit par devenir autre chose : un objet, un animal… C'est une véritable construction architecturale, avec pour seul matériau le genre humain.

Pourtant, si la nudité est vecteur d'esthétisme, le corps est aussi souffrance. En effet, il y a une réelle violence exercée par et au travers du corps. Une certaine forme d'agressivité qui nous renvoie à nos sociétés contemporaines et pose la question de la place du corps, et de la conscience de l'individu au sein de celles-ci.

Commence alors la " seconde " partie du spectacle, plus militante, plus politique. Des slogans de tous bords et de tous pays sont scandés, chantés, pleurés, criés. Ils créent le rythme des chorégraphies, véritables danses tribales d'une humanité qui se cherche au milieu d'un brouhaha planétaire incessant. Un spectacle dont le grand mérite est de savoir bousculer le public sans l'effrayer.


Séverine Boiron


Au Toboggan

14 avenue Jean Macé
Décines

Renseignements : 04 72 93 30 00
www.maisondeladanse.com

Dates des spectacles

mardi 18 septembre 2001 20h30
mercredi 19 septembre 2001 20h30
jeudi 20 septembre 2001 20h30
vendredi 21 septembre 2001 20h30
samedi 22 septembre 2001 20h30
dimanche 23 septembre 2001 17 h

 

Ce dont nous sommes faits

Chorégraphie
Lia Rodrigues
Musique
Zeca Assumpçao
Costumes
Cica Modesto

 

Au Toboggan
Décines

Crédit Photos :
T. Alberg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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