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El Trilogy par Trisha Brown
El Trilogy  

 

 


  
Trisha Brown
et sa compagnie


Après avoir passé quarante ans à chercher "ce qu'est la danse, le geste juste", Trisha Brown explore, à 64 ans, la musique classique, l'opéra, le jazz. Presque une nouveauté pour cette américaine qui a toujours refusé la musique dans ses pièces. Clin d'œil à son amour pour les formes d'expressions artistiques, elle compare cette nouvelle démarche à celle d'un peintre abstrait qui reviendrait à la figuration. Autre insertion - et de taille - dans sa danse : l'humour.
Avec "El Trilogy", créé à New-York, l'an dernier, trois courtes pièces s'enchaînent sans entracte : "Five Part Weather Invention", "Rapture to Leon James" et "Groove and Countermove"). Une rencontre entre l'esprit du jazz et la danse, dans un décor conçu par le peintre Terry Winters.

Une formation éclectique

Adolescente, cette boulimique de travail passe par tous les genres : claquettes, jazz, danse acrobatique, mais aussi le sport ! Loin d'être sectaire, l'ensemble des formes de danse intéresse alors la jeune californienne.
En 1960, Trisha alors agée de 24 ans rejoint la Côte Est des Etats-Unis ; à New York, elle suit les cours de Merce Cunningham et de Robert Dunn. Elle n'est pas à l'aise. Trisha investit une Eglise, la Judson Church.
Avec d'autres danseurs, plasticiens, cinéastes, elle fonde le Judson Church Theater. Ce vivier d'artistes - parfois contestataires souvent en rupture - s'impose comme un haut lieu de la culture d'avant garde des années 60 et 70. La chorégraphie de l'américaine en gardera longtemps des traces.

C'est à cette époque, encore, que Trisha expérimente tout azimut : elle fait suspendre des danseurs au plafond ; ils marchent alors perpendiculairement aux murs ("Walking on the wall"). Pour une autre pièce, "Man walking down side of bulding", elle crée un procédé qui permet aux danseurs de descendre en marchant le long d'une façade d'un immeuble de six étages….



L'aventurière de la danse

Ne cherchez pas de style Brown, la chorégraphe a perpétuellement évolué, revenant parfois sur les règles qu'elle avait édictée ; aventurière, elle défriche inexorablement de nouveaux territoires… Les critiques, comme Trisha Brown elle même, considèrent qu'elle crée son œuvre par cycles distincts.

Durant trois ans, elle explore un concept de mouvement spécifique, elle "assemble les mouvements les uns après les autres sans aucun a priori". Ses premières pièces font aussi écho à l'architecture urbaine ; elles sont présentées dans différents endroits : sur des toits, sur des murs extérieurs et intérieurs… Ces travaux se fondent sur gestuelle minimaliste et austère. La musique est souvent absente…


Plus tard, elle articule des structures mathématiques et géométriques, parfois en incorporant la parole. En 1979, elle commence une série de collaborations théâtrales avec des plasticiens et musiciens de renom.

En 1986 Trisha Brown s'attaque pour le théâtre de Naples à "Carmen" qu'elle chorégraphie et danse. Prémice d'un nouveau cycle ouvert sur l'Opéra, la musique classique. Novateur. Trisha Brown a longtemps refusé la musique. Mais attention, il faut attendre 1994 et "M.O" (initiale anglaise de "l'Offrande Musicale" de J.S. Bach), pour que débute ce nouveau cycle.
Cycle qui verra également aboutir "l'Orféo" de Monteverdi (1998). C'est peut être parce qu'elle s'est lassée de faire du Trisha Brown qu'elle explore ces nouvelles voies…

El Trilogy

 

Mai 2000, nouvelle étape de ce cycle. A new-York, Trisha Brown crée "El Trilogy". C'est à Dave Douglas, compositeur très en vue, que Trisha emprunte la musique. Une musique jazz. Un jazz peu conventionnel mêlant contrebasse, accordéon et violon… Un spectacle "extrêmement plaisant à regarder… mais sans surprise" selon Dominique Frétard (Le Monde). Un spectacle en trois partie, sans entracte : "Five Part Weather Invention", "Rapture to Leon James" et "Groove and Countermove".

"Five Part Weather Invention", est dansée devant une toile de Terry Winters aux tracés noirs enchevêtrés. Un moment de pur Brown ! "Rapture to Leon James" mélange acrobaties et boogie- woogie. Les filles sont chaussées de babies et portent des jupes en forme. Certains gestes flamenco justifient le "El" espagnol du titre. C´est énergique ! "Groove and Countermove", la troisième partie verse littéralement dans une ambiance jazzy, au son de la trompette. S'enchaînent solos et trios.

Notre avis

Un spectacle au mouvement parfait, mais la danse post contemporaine de Trisha Brown est trop souvent déroutante. Le plus surprenant peut-être est de ressentir harmonie et légèreté de danseurs dont les mouvements sont désarticulés.

La musique aussi ne laisse pas indifférent. Son assonance hypnotise, notamment quand Dave Douglas leur accore une place prépondérante. On frôle la transe ! Sans entracte, le spectacle est un peu longuet. Heureusement, le final réveil.

Souvent aride - peut-être ésotérique -, le spectacle s'adresse aux initiés ou à un public véritablement ouvert d'esprit.

 


Trisha Brown et Lyon


Comme la plupart des grandes compagnies et des illustres chorégraphes mondiaux, Trisha Brown a l'habitude de traîner ses chaussons sur les scènes lyonnaises. Lyon fait partie des villes européennes les plus ouvertes à la danse dans toutes ses formes.

La chorégraphe est notamment venue à l'occasion de la Biennale de la danse. Mieux encore, l'an dernier,elle a confié au Ballet de l'Opéra National de Lyon la chorégraphie de "Newark" (1987), alors que, d'ordinaire, seule sa compagnie, la Trisha Brown Compagny a le droit de réaliser ses ballets.
Le Ballet de l'Opéra peut donc s'enorgueillir d'être la seule compagnie française à son répertoire à posséder une œuvre de la chorégraphe américaine. En mars, elle revient à l'Opéra : les danseurs interpréteront "Astral converted". Mais pour l'heure, profitons de "El Trilogy" !



Julien Berthet



A la Maison de la Danse

8, avenue Jean Mermoz
Lyon 8ème

Renseignements : 04 72 78 18 00 www.maisondeladanse.com

Dates des spectacles

mardi 16 octobre 2001 20h30
mercredi 17 octobre 2001 19h30
jeudi 18 octobre 2001 20h30

El Trilogy

Chorégraphie
Trisha Brown
Musique
Dave Douglas
Costumes et décors
Terry Winters
Lumières
Jennifer Tipton

 

A la Maison de la Danse

Crédit Photos :
C. Callis
C. Masson - Enguerand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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